Scared

Citation

In your eyes,
I see the ghosts of all men I’ve admired,
and kept at a distance.
I’ve accused them
not to love me
but was unable to love them.

I can’t stop listening to your voice,
in delight
and desperate hope.

I watch the shadows of love in movies
hear about life in songs
weave mine
in dreams.

Had to crawl myself out of the hole
– tears made religion –
in which I was born.

Looks like now,
I’m just scared.

Scared to stand.
Scared to love.
Scared to live.

Do stand.
Do love.
Do live.

Un pays où la mort tient plus de place que la tendresse

Point de vue

Il est urgent de mettre fin, par la prise de conscience émotionnelle, à cette « transmission héréditaire », d’une génération à l’autre, de la destructivité. […] Si nos fils et nos filles en prennent conscience, s’ils peuvent nous le dire, s’ils nous donnent la chance de voir nos erreurs et nos défaillances, c’est un bénédiction. Cela permettra à nos enfants de rompre les chaînes de la domniation, de la discrimination et du mépris, transmises de génération en génération. Ils n’auront plus besoin de se défendre par le pouvoir contre ‘impuissance si leur impuissance et leur colère d’enfant sont devenues des expériences conscientes.

Alice Miller, L’avenir de l’enfant doué, p.72 (5e édition 2002)

A mes parents qui ont fait du mieux qu’ils on pu…

Lorsqu’elle m’a eue, ma mère ne voulait pas d’enfant. Elle ne le sait peut-être pas, mais je le sais parce que c’est inscrit là.

Elle ne voulait pas d’enfant parce qu’elle n’a pas voulu ou elle n’a pas pu devenir adulte. Elle n’est pas devenue adulte parce qu’elle n’a jamais vraiment renoncé à croire à la toute-puissance de son père et à la sainte perfection de sa mère.

Elle n’a non seulement jamais cherché à sortir du monde de l’enfance et de sa posture de petite fille obéissante, mais elle s’est farouchement accrochée à un monde imaginaire où les désaccords n’existent pas et où la critique des ainés est interdite. Ces résurgences inconscientes de rapports datant d’un autre siècle ont été d’autant plus destructeurs qu’ils étaient invisibles, impensables, car masqués par des éléments de langage issus des mouvements féministes dans l’air du temps. “soit indépendante, ma fille” disait-elle, pour faire bonne figure en ces années post 68. Mais si je prétendais à une indépendance vis à vis d’elle, elle agissait le plus efficace des chantages: le chantage affectif d’une mère qui souffre et qui laisse croire à son enfant qu’il en est coupable. Parce que si elle s’est finalement habituée à l’idée d’être mère, c’est probablement parce qu’un petit enfant aime. Sans condition. Du coup, elle a vécu toutes mes prises d’autonomie comme des menaces sur cet amour qu’elle recevait à bon compte.

J’ai grandi dans un triturage permanent de la mort et du malheur. Je ne parle pas des pertes réelles d’êtres chers qui surviennent dans toutes les familles et de la douleur qu’elles suscite et qu’on apprend à traverser. Non. Je parle de l’imaginaire de drame et d’angoisses où les maladies et les morts sont les grandes nouvelles et les sujets récurrents des conversations, où le pire est toujours le plus probable et la première chose qui émerge dans le discours. La souffrance y est érigée en mode de jouissance, les disparus maintenus de toutes forces à leur place de toute puissance, empêchant ainsi la roue symbolique de tourner.

Et cette jouissance agrippée au malheur justifiait également une curiosité malsaine et intrusive, au nom du souci que l’on se fait “mais si, il faut que tu m’appelles, on ne sait jamais, tu sais…” Avec ces petits films intérieurs, dans lesquels la mort tient une place si excitante et qui vous sont sans cesse projetés à la figure.

Au jeu de “la bonne paye”, la carte du “dimanche heureux” où l’on voyait un homme se relaxant dans un hamac représentait pour moi une sorte de paradis irréel. A la maison, tout n’était qu’obligations et restrictions. Même le dimanche.

Finalement, que ma mère ne veuille pas d’enfant, ça tombait plutôt bien: la mère de mon père avait eu trois garçons et mon père, dernier né, eu le malheur de ne pas naître fille, comme elle le souhaitait. Ainsi exclu du désir de sa mère et chouchouté par un père qui, après deux paternités alors qu’il était mobilisé, d’abord pour la France ensuite pour l’Allemagne fût trop heureux de voir enfin les premières années de l’un de ses enfants. Inconsciemment, mon père n’a ainsi eu de cesse de rechercher l’attention de sa mère. Il n’a jamais rien pu lui refuser et il lui a donné sa première née, comme on met une poupée dans les bras d’une petite fille réclamant son doudou. Autant pour la fonction paternelle.

D’où je viens, aimer est un devoir. On s’occupe des autres à grands coups de gesticulation hystériques. “Je ne pense qu’aux autres, surtout ceux qui sont dans le malheur, les pauvres!… ” – quelle compassion, n’est-ce pas ? Quelle jouissance du malheur des autres, oui! Et pour cause: toute autre forme de plaisir étant formellement réprouvé, il faut bien jouir de quelque chose! C’est à celui qui réussira le mieux le numéro d’équilibriste qui consiste à faire croire qu’il est le plus dévoué aux autres, alors qu’en fait, c’est la seule façon socialement autorisée de se valoriser soit même.

Mes parents étaient très fier d’apporter leurs filles à leurs oncles, tantes ou vieux voisins. “Pour leur faire plaisir”. Comme d’autres apportent des chocolats. Plus les personnes visitées étaient seules, plus ils étaient fiers d’eux. Vieilles filles maniaques, vieux garçons lubriques ou mégère puante, avec les rhumatismes des uns et le cancer des autres pour seul sujet de conversation. Peu importe, pourvu qu’ils obtiennent la satisfaction d’être de ceux qui s’occupent des autres, et le plaisir de s’entendre féliciter du bon fonctionnement de leur « gentilles petites filles » si bien élevées dressées.

L’impératif de modestie qui règne relève de l’autoflagellation compulsive, dans laquelle se dissout la plus petite parcelle de confiance en soi, et jusqu’à l’idée même de dignité.

Dans ces conditions, avant moi, un(e) autre n’a même pas pu naître – quelques temps avant ma naissance, ma mère à fait une fausse couche.

Moi, je suis là.
Apparemment, il y en moi quelque chose qui veut VIVRE.

Vivre. Furieusement!

Shout for life

Point de vue

La mer

Esplanade de la Défense, Paris, 2011. Header of this blog, from it’s creation until January 2013.

Two months before I took that picture, someone talked to me there, at that very place where I later took the picture.

That was June 21st, Fête de la musique.
A moment before he came to me, I’d heard him sing with a rock band.

Among thousands of individuals in a colony, penguins identify their partner by the sound of their singing.

I thought I had recognized him.

In his voice was a shout for life.
The very same kind of shout I had in my voice: a muzzled shout.
From that moment, I knew we could mutually free ourselves of that muzzling. So I thought the two of us had to be. Forever.

No matter how much I hated La Defense. I always felt it was a hugely unhuman place. Giant towers there feel so much like the gigantic constructions ancient totalitarian system built at human costs – from egyptian pyramids to stalinian palaces. Their inner asceptical athmosphere and their outer oppressing size are so symbolic of how financial capitalism is squeezing life as well as human subjectivity.

When I went back to that place, I liked it though. Not just because he lived nearby and had showed me those cats that seem to come out of nowhere, after all the stressed out penguins in business suit, finally get on their two hours trip back to their suburbian house.

It felt like I was born there. I liked it, as you like the place where you are born. No matter how ugly or crazy the place is, you are attached to it. You can sometimes hate it. But you are still attached to it in some way. All you can choose is : attached in what way.

A year later, when I started this blog, I realized that maybe, I actually liked the place because something blossomed there. In what started there. In saying his name, in the soft caress of his arms. Something blossomed in my voice.

When we were sitting there chating, the water in front of us and the noise of some wonky air con blower as a wind ersatz got both of us to think of seaside. That was far from enough for me to call that place la mer.

And I wanted him with me on the road away from la mère, out of the Sagrada Familia wall. I wanted him so much. Probably because I thought I could not make that journey by myself.

It turned out that all he wanted was someone on his coach when he gets back from work or when he watches football games. No matter how much I loved him, at some point I had to face the facts : this is not me.

That’s how I learned that the road away from la mère, out of the sagrada familia wall is each of us own way.

Still. I fooled myself into believing he would come with me the whole way.
It took me a while to accept that no mater how much I loved him, I could only let him go his own way.
And take my own steps.

Poser ma voie.

Now that he holds someone else in his arms, that thing in my voice, that other myself that was born there grew stronger.

Poser ma voix.

That voice is rooted in the moments of tenderness with him. In that stretch of road we walked together, away from la mère.

I will take care of that seed.
Water it with more love
and let it grow.

To keep that voice blowing.